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On
doit condamner sévèrement la démission du Conseil
d’administration du SAirGroup
Tous
les commentateurs, médias ou partis politiques, attribuent la
crise qui secoue SAirGroup à la mauvaise gestion du groupe de la
part de son ex-directeur, M. Bruggisser, ainsi que de son Conseil
d'administration. On pourrait en tirer la conclusion que, avec
d’autres personnes, tout aurait été pour le mieux… dans le
meilleur des mondes. Voilà qui est un peu facile.
Il y a sûrement
des choix discutables qui ont été faits et l’on doit condamner
sévèrement la démission du Conseil d’administration ;
voilà en effet des gens, appartenant au « gratin » de
la finance et de l’industrie suisse, qui ont suivi aveuglément
M. Bruggisser dans sa « stratégie du chasseur » –
en percevant de confortables jetons de présence pour cela !
– et qui démissionnent en bloc dès que les choses vont mal,
aggravant ainsi délibérément la crise.
Cela
dit, la cause fondamentale de la débâcle de SAirGroup réside,
à mon avis, dans la logique du système et dans les processus de
libéralisation du trafic aérien mondial. La concurrence ainsi
instaurée ne consacre en effet nullement les meilleures
prestations ou « les compétences des gestionnaires »,
comme on l'entend souvent, mais bien la loi du plus fort. Dans ce
contexte, les entreprises doivent croître et éliminer leurs
concurrentes, sous peine d'être elles-mêmes éliminées du marché.
C'est pourquoi cette libéralisation du trafic aérien mondial ne
peut déboucher que sur la domination d'une poignée de grands
groupes capitalistes.
Dans
cet environnement de dérégulation violente, la stratégie de
SAirGroup a été celle de croître par des prises de
participation dans des compagnies étrangères, avec le projet de
les restructurer et de les ramener dans les chiffres noirs. Mais,
malgré ces participations, SAirGroup ne pesait pas très lourd
dans le trafic aérien mondial. De plus, c’était sans compter
sur les surcapacités accumulées dans ce secteur, ainsi qu’avec
la guerre des prix et la hausse brutale du prix du carburant. Dès
lors, l’entreprise s’est trouvée plongée dans une crise
majeure, mettant en danger son existence, alors même qu’elle
offre des prestations parmi les meilleures du monde.
Que
faire alors, du point de vue syndical, dans ce cadre ?
A mon
avis, il faut occuper avant tout le terrain syndical et stimuler
l’action collective des salarié-e-s concerné-e-s. Il n'y a en
effet aucune raison que le personnel paie le prix de cette crise,
d’autant plus qu’il a déjà supporté l'essentiel des
sacrifices liés aux mesures de restructuration des années 90.
Nous devons ainsi exiger des garanties concrètes en matière de
maintien des emplois et de conditions de travail et, si nous
n’obtenons pas satisfaction, recourir aux moyens de lutte.
Aucune
illusion n’est de mise. Le nouveau président et directeur opérationnel
de SAirGroup, M. Corti, n’a pas été placé là, avec la bénédiction
des banques, pour donner la priorité à la sauvegarde des intérêts
du personnel. Suite à la démission collective du Conseil
d’administration – dont il faisait, lui aussi, partie ! –
M. Corti va certainement jouer la carte de « l’homme
providentiel », intervenant en quelque sorte comme le
« sauveur de la patrie » ; l’homme « neuf »,
qui n'est pas impliqué dans les décisions du passé. La chanson
devrait être connue. Le but d’une telle mise en scène est de
nous refiler un « plan d’assainissement » très dur,
que nous serions censé-e-s accepter au nom d’une nouvelle
« unité nationale », version moderne, pour « sauver
notre compagnie » (de qui ?) et « repartir sur de nouvelles bases »…
Il
faudra éviter à tout prix de nous laisser diviser. Il ne fait
aucun doute, en effet, que, pour atteindre ses objectifs, M. Corti
va s'efforcer d’opposer les salarié-e-s les un-e-s aux autres,
entre ceux/celles des entreprises extérieures et ceux/celles du
groupe, mais aussi entre le personnel de Kloten et celui de
Cointrin ou de Bâle. Travailler à la construction de l’unité
des salarié-e-s dans l’action et au développement de la
solidarité internationale, voilà une tâche urgente pour notre
syndicat. Seule la lutte la plus large permettra en effet de préserver
les emplois et de défendre les conditions de travail !
Eric Decarro, président
central SSP
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