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Swiss ne manque pas d’air
Ces derniers jours, la compagnie
d’aviation Swiss n’en finit pas de se répandre dans la
presse à coups de pleines pages publicitaires. Pour peu ses
dirigeants nous feraient croire qu’ils ont entre les mains
une entreprise florissante, respectueuse du personnel et au
service de l’ensemble de la population du pays. C’est
fou comme l’argent des contribuables donne des ailes à
certains… La réalité est malheureusement tout autre.
Rémy Pagani,
secrétaire SSP – Région Genève
Après
le coup de force d’octobre dernier des banques du pays –
la mise en faillite de Swissair pour racheter à bas prix une
partie de cette entreprise, Crossair en l’occurrence –,
voilà les dirigeants de cette nouvelle compagnie, étoffée
de nombreux avions de Swissair, caracoler sur les milliards
octroyés généreusement par la Confédération. De la main
gauche, ils soumettent le personnel de l’ex-compagnie
Swissair à leur diktat salarial (des diminutions de salaires
drastiques) et, de la main droite, ils soulignent leurs
objectifs d’excellence et leurs futurs profits.
Inutile
de dire que les milliers d’employés qui font vivre au
quotidien cette «nouvelle» entreprise sont loin d’être
satisfaits. Bien au contraire, la grogne, le service minimum,
l’absentéisme, les congés maladie, voire les démissions,
sont légion. Un climat délétère règne en maître dans
cette nouvelle compagnie Swiss. Et s’il n’y avait que ça!
L’arrogance continue
Le
contentieux qui subsiste avec les employés de Swissair qui
n’ont pas eu la «chance» d’être transférés dans cette
nouvelle compagnie reste entier. En effet, bon nombre de ses
employés ont bien reçu une lettre de congé dans laquelle
figuraient les montants des plans sociaux auxquels ils avaient
théoriquement droit après leurs nombreuses années de
service. Pourtant, aucun d’entre eux n’a été payé à ce
jour. Tous ont dû faire valoir cette créance dans la masse
en faillite de Swissair. Nul doute que, lors de la prochaine
assemblée des créanciers, il leur sera proposé une rémunération
à hauteur de 5%, voire éventuellement 10%, comme solde de
leurs créances. Et encore auront-ils de la chance d’être rémunérés
à ce niveau au vu de l’énormité des dettes accumulées…
Quant
aux préretraités, ils sont encore plus mal lotis que leurs
collègues actifs. S’ils sont encore plus malchanceux,
c’est parce qu’ils ne passeront pas en premier rang, mais
seront relégués au troisième rang dans la masse des créanciers.
C’est dire qu’ils ne toucheront rien lorsqu’il s’agira
de se répartir les miettes qui subsisteront de la débâcle
de Swissair.
Un mini-plan social financé par la Confédération
Consciente
de ce scandale national, la Confédération, par l’intermédiaire
de M. Nordmann, a élaboré avec les partenaires sociaux une
sorte de plan social financé par le surplus du crédit relais
de 740 millions de francs qu’elle avait octroyé à
l’entreprise Swissair pour lui permettre de voler
d’octobre 2001 au 1er
avril 2002, date de la reprise des activités aériennes par
Crossair.
Ainsi,
dans ce mini-plan social, 30 millions de francs ont été «octroyés»
pour payer aux ex-employés de Swissair licenciés une partie
de ce qui leur a été promis dans ces fameuses lettres de
congé. De même, la somme de 20 millions de francs a été réservée
aux préretraités pour leur permettre de subsister jusqu’à
leur retraite effective.
Par
la presse, ces derniers jours, nous avons appris que
l’argent était là, que le crédit relais n’avait pas été
totalement dépensé pendant cette période, qu’un solde de
100 millions de francs subsistait et qu’il s’agirait de le
répartir, à parts égales, entre la Confédération et pour
ce mini-plan social négocié. Pourtant, en se réjouissant
d’avoir enfin trouvé un début de solution pour tenter de
remédier à ce scandale, aucun journaliste n’a relevé que,
contrairement à ce qui avait été promis, à savoir le
paiement de ce mini-plan social en septembre de cette année,
l’échéance avait été repoussée à la fin de l’année.
Ainsi, compte tenu du fait que dans cette affaire nous avons
passé de coup de force en coup de force, il est encore loin
le temps où nous pourrons compter sur cette somme pour atténuer
les graves difficultés financières que traversent, par
exemple, nombre de préretraités… Sans oublier que, pour
l’instant, la position officielle de la Confédération, et
notamment de la Commission des finances du Conseil national,
est de ne pas se mêler du paiement du plan social d’une
entreprise privée en Suisse. C’est pourquoi, par ailleurs,
nous n’avons pas retiré les dossiers des pré-retraités du
Tribunal des prud’hommes. Devant cette cour, nous continuons
d’exiger des filiales saines la prise en charge de leurs
ex-employés forcés de prendre leur retraite anticipée.
Des méthodes patronales ignobles
Sur ce
dernier thème, l’injustice est crasse. Voir des filiales
comme Swissport se porter aujourd’hui à merveille et
refuser de se substituer au SAirGroup pour prendre la relève
du paiement des préretraités qui sont, rappelons-le,
d’anciens employés ayant travaillé pour certains plus de
35 ans pour ses filiales, est un véritable scandale.
Malheureusement, ces méthodes font partie de pratiques
patronales ignobles qui ont cours sous le règne du néolibéralisme.
Services publics, N° 9, 27 mai 2002
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