Syndicat suisse des services publics
Groupe Trafic aérien de Genève

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Genève, le 22 septembre 2003

La compagnie d’aviation Swiss n’en finit pas d’avoir des ratés

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’en perdant, depuis sa création, entre 2 et 3 millions de francs par jour, les jours de Swiss sont comptés. Et les partis politiques et le Conseil fédéral s’apprêtent aujourd’hui à renflouer dans le cadre d’une nouvelle alliance cette entreprise chroniquement déficitaire. Pour tout ce beau monde, si les avions de Swiss venaient à être, à nouveau, cloués au sol, cela serait du plus mauvais goût, surtout avant les élections fédérales.

Rappelons qu’en 1998, le Conseil fédéral et les Chambres unanimes ont cassé le monopole de Swissair. Depuis lors, on a vu M. Bruggisser, l'ex-directeur général de Swissair, développer une stratégie d’expansion, dite "stratégie du chasseur", qui avait pour but de sortir la compagnie des difficultés dans lesquelles allait la précipiter cette libéralisation. Au début 2000, les salariés ont essuyé les plâtres de cette fuite en avant (licenciements, diminution de salaire, etc.). Par contre, M. Bruggisser, lui, a sauté de l’avion avec un parachute doré… Puis, M. Dozé, le nouveau directeur, s’est contenté d’un repli stratégique, qui n’a fait qu’engloutir, en 18 mois, plus de 1 milliard et demi de francs et entraîner le licenciement de quelque 500 personnes, en janvier dernier (2003), et de plus de 3000 personnes pour fin octobre prochain. Mais ce n’est pas fini: tout est programmé pour que cette compagnie d’aviation soit rachetée à vil prix par un concurrent ou, pire encore, cesse définitivement toute activité après les élections fédérales du 19 octobre prochain.

Des conditions-cadre hors du marché mondialisé

Nous le répétons inlassablement depuis plus de trois années: nous n’avons rien à gagner à accompagner la dérégulation des marchés mondiaux et, encore moins, cette libéralisation pour la rendre moins douloureuse aux salariés. Nous avons toujours refusé de soutenir, par exemple, "les moins mauvaises stratégies" prônée par M. Dozé (26/26, etc.) et nous nous sommes déterminés pour une compagnie d’aviation de services publics qui bénéficie de conditions-cadre hors des marchés mondiaux libéralisés.

En effet, le marché de l’aviation, quoique les tenants du libéralisme veuillent nous faire croire, est un marché captif. Les clients d’une région doivent passer par un seul aéroport et l’espace aérien reste et restera un bien national jusqu’à la disparition des Etats-nation.

Nous estimons que les dernières mesures de repli décidées par Swiss n’auront qu’un effet ponctuel, limité dans le temps, y compris concernant les huit lignes abandonnées au départ de Genève et l’intégration dans une alliance. Cette réduction de la voilure ne changera aucunement la donne. Au contraire, elle ravivera la concurrence en laissant le champ libre à d’autres compagnies.

Le B.A.-BA

Lorsqu’il s’est agi d’insuffler plus de 2 milliards de francs dans cette compagnie, nous sommes montés à Berne pour dire aux parlementaires fédéraux ce qui nous semblait le B.A.-BA: ne pas donner de l’argent sans conditions, ce qui exigeait, notamment, de revenir en arrière sur les lois votées en 1998, de changer l’ensemble des cadres dirigeants et d'imposer un organe de contrôle. Rien de tout cela n’a été fait. Le Conseil fédéral a confié plus de 2 milliards de francs d’impôts aux personnes qui avaient déjà montré leur incapacité (MM. Ospel de l’UBS, Leuenberger et Mülhemann du Credit Suisse, etc.). Quel aveuglement! Le Parti socialiste a seulement exigé qu’un plan social soit mis en place en faveur du personnel de Swissair résident en Suisse.

Aujourd’hui, il est question de remettre sur le tapis 500 millions de francs et, une fois de plus, personne n’ose dicter des conditions minimales qui donneraient de réelles chances de survie à cette compagnie. Relevons ironiquement que, parallèlement, les mêmes exigent des économies drastiques d'un niveau comparable en coupant dans le social et, là, ils ne se privent pas de nous en fixer les conditions!

Nous sommes en droit de demander des comptes!

Décidément, le Conseil fédéral et les parlementaires n’ont qu’un seul objectif: passer les élections fédérales le moins mal possible, en évitant que nous leur demandions des comptes sur ce dossier. Nous pourrions peut-être leur poser une seule question, celle de savoir pourquoi ils ont sollicité nos suffrages s’ils ne sont même plus à même de fixer un cadre légal à l’activité économique de la nation…

  

Pour le groupe trafic aérien
 du Syndicat des Services Publics SSP/VPOD


Rémy Pagani