Une mobilisation à reconstruire
Pas de grève, pour l’heure, dans les aéroports. C’est la décision
prise par les assemblées du personnel convoquées par notre syndicat, à Zurich
et à Genève, le 5 novembre dernier. Un ultimatum aux «investisseurs» a cependant été fixé. Si les revendications des
salarié-e-s n’étaient par satisfaites, les assemblées du personnel prévues
le 19 novembre pourraient être appelées à adopter des mesures de lutte.
Agostino Soldini, secrétaire
central SSP
L’avenir du personnel
de Swissair est en jeu. Malgré le renflouement de la compagnie à coups de
milliards, rien n’a été prévu pour les salarié-e-s. Ni pour le personnel
licencié des sociétés en sursis concordataire, ni pour celles et ceux engagé-e-s
par la nouvelle compagnie, baptisée «Crossair Plus».
Etat de droit?
Le personnel licencié
des sociétés en sursis concordataire ne touchera pas son salaire pendant le délai
légal de congé. De plus, les plans sociaux auxquels il a droit ne seront pas
honorés. Quant aux salarié-e-s engagé-e-s par Crossair Plus, ils/elles sont
menacé-e-s d’une baisse de salaire pouvant atteindre 30%!
Pourtant, l’article
333 du Code des obligations (CO) prévoit qu’en cas de transfert
d’entreprise le repreneur doit respecter, pendant une année, la convention
collective de travail (CCT) en vigueur. Même si la loi ne souffre d’aucune
ambiguïté, il n’en est rien. Dès lors, les considérations formulées par
le journal dimanche.ch nous paraissent
appropriées: en Suisse, «on peut […]
jeter à la rue des milliers de salariés, sans respect des règles et des lois,
cela avec la bénédiction du gouvernement». La loi «n’est
valable que si elle arrange l’entreprise. Si elle protège l’employé, on
peut en faire des cocottes en papier» (dimanche.ch,
4 novembre 2001).
Préavis de grève
Face à cette situation,
l’assemblée du personnel de l’aéroport de Genève du 29 octobre avait voté
un préavis de grève pour le 6 novembre. Ses revendications peuvent être résumées
ainsi:
–
l’exigence que la nouvelle société Crossair Plus utilise les services
des filiales de Swissair Group (Gate Gourmet – restauration, Swissport –
services au sol, etc.);
–
le paiement de la rente aux préretraité-e-s; le versement de leur rente
n’est, en effet, plus garanti;
–
le respect de la CCT pour les salarié-e-s licencié-e-s, c’est-à-dire
le paiement des indemnités de licenciement;
–
l’application chez Crossair Plus de la CCT pendant une année.
L’assemblée avait décidé
de se réunir à nouveau le 5 novembre afin de confirmer ou d’annuler, en
fonction de la réponse donnée à ses revendications, la grève prévue le
lendemain. Elle avait lancé l’appel aux collègues des autres aéroports
(Zurich et Bâle) à se rallier au mouvement de grève envisagé.
«Une mauvaise blague»
La décision de
l’assemblée du personnel du 29 octobre a été fortement critiquée. Par le
conseiller fédéral Kaspar Villiger, par le directeur de Crossair, André Dosé,
par le chef de la task force «Personnel Swissair», Jean-Luc Nordmann. Tout ce
beau monde, et bien d’autres, a essayé d’accréditer l’idée qu’une grève
aurait détruit tout espoir de survie de la nouvelle compagnie. Leur but était
clair: faire peur au personnel de l’aéroport de Genève pour qu’il renonce
au mouvement de grève envisagé.
Pour ce qui est de
l’aéroport de Zurich, nul besoin d’une intervention extérieure. Daniel
Vischer, président de la section trafic aérien du SSP, qui organise le
personnel de Zurich et Bâle, s’est chargé lui-même de critiquer la décision
genevoise. Il a ainsi prétendu que le préavis de grève était une «mauvaise blague» et qu’une «telle
action est absurde et vaine».
«Attendre les collègues de Zurich»
C’est dans ce climat
que s’est tenue, le 5 novembre au soir, l’assemblée du personnel de l’aéroport
de Genève. Elle a été précédée, dans l’après-midi, par deux assemblées
du personnel à Zurich. Ces dernières ont été déterminantes. En effet, elles
ont décidé de ne pas donner suite à la proposition d’organiser une grève.
Elles ont par contre fixé un ultimatum aux «investisseurs»:
le personnel exige une réponse à ses revendications, qui sont à peu près les
mêmes que celles votées à Genève, d’ici au 15 novembre prochain. Une
nouvelle assemblée est prévue le 19 novembre pour déterminer la marche à
suivre en fonction de cette réponse.
L’assemblée du
personnel de l’aéroport de Genève s’est ralliée aux choix zurichois. Une
assemblée aura lieu également le 19 novembre. Entre-temps, une action «coup
de poing» sera organisée: le blocage d’un avion Crossair, l’un de ceux qui
rallient Genève à Bâle.
Minuit moins cinq
Pourquoi pas de grève,
alors? Pour l’essentiel, c’est l’exigence d’une mobilisation conjointe,
dans toute la Suisse, qui est à l’origine du choix de l’assemblée de Genève.
Plusieurs interventant-e-s, malgré leur volonté de se battre, ont ainsi
souligné l’importance, à leurs yeux, d’«entrer
en lutte toutes et tous ensemble» et la nécessité, dès lors, d’«attendre
les collègues de Zurich».
Cela dit, il est clair
qu’il est déjà minuit moins cinq. Si les «investisseurs»
ne devaient pas reculer, un mouvement de lutte, sous la forme d’une grève
dans les trois aéroports, devrait s’imposer. Ce serait le seul langage que
lesdits «investisseurs» pourraient
comprendre. En effet, à quoi bon rester «loyaux»,
pour reprendre les propos attribués à D. Vischer, si, de l’autre côté, ils
ne se gênent pas, après avoir provoqué la débâcle de Swissair, de licencier
9000 personnes et d’imposer des baisses de salaire de 30% et ce, en bafouant
la loi?
Services publics, N° 18, 9 novembre
2001
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