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MARC MENICHINI
GENÈVE - La grève du personnel de l'entreprise de
restauration annoncée hier n'a pas eu lieu. La direction a
demandé une conciliation, réduisant syndicat et personnel au
silence.
Le torchon brûle entre la direction de Gate Gourmet Genève
et son personnel. Les dirigeants de la société de
restauration ont refusé les dernières propositions du
Syndicat des services publics qui a annoncé, mercredi en début
d'après midi, l'échec de la négociation et son soutien à
la grève décidée par l'assemblée générale du personnel.
Une grève étouffée quelques heures plus tard par Gate
Gourmet. Saisie par la société, la Chambre des relations
collectives de travail (CRCT), organe qui traite des conflits
autour des conditions de travail, a en effet ouvert une procédure
de conciliation. «C'est une manoeuvre; les dirigeants
suspendent ainsi la volonté de grève de ses employés», dénonce
Christian Grobet, l'ancien député de l'Alliance de gauche,
venu hier matin devant l'entreprise, accompagné de quatre
personnalités de gauche, pour montrer sa solidarité envers
le personnel et le syndicat «muselés».
Gate Gourmet Genève et ses employés ne s'entendent plus
depuis bientôt une dizaine d'années. Aucune des négociations
entre les deux partenaires n'a abouti. Les dernières en date
portaient sur le renouvellement de la convention collective de
travail (CCT). La société demandait un allongement du temps
de travail, la suppression des pauses de quinze minutes et
proposait une augmentation de salaires de 2 à 3%. «Inacceptable»
pour le personnel qui, au début de cette année, est tombé
dans un vide conventionnel. «La société se porte très bien»,
affirme Christian Brunier, député socialiste présent ce
matin. «Chaque unité de Gate Gourmet doit faire 12% de bénéfices,
alors que les multinationales fixent en général ce taux à
8% pour leurs succursales.» Et les politiciens «grévistes»
de fustiger la participation forcée des employés à la réalisation
de cet objectif. Comment? Par des contrats précaires ou
encore la stagnation des salaires depuis près de dix ans pour
certains.
Au début de cette semaine, le personnel a proposé un
dernier compromis: la suppression des pauses en échange d'une
hausse salariale de 4%, ce qui reviendrait à 0,8% en termes réels.
Si la direction refuse, ce sera la grève, a décidé le
personnel. Les deux parties devaient se rencontrer le 23
janvier. «Nos expériences de négociations passées nous ont
incités à faire une demande de conciliation à la CRCT»,
explique Brigitt Trindler, attachée de presse de Gate Gourmet
Suisse. Une requête envoyée avant même cette négociation.
Selon le tract distribué par les politiciens, les dirigeants
auraient ainsi programmé l'échec des négociations. En
effet, le 23 janvier, Gate Gourmet refuse la proposition du
personnel. Alors que le syndicat prépare la grève, Gate
Gourmet l'informe de la réponse de la CRCT. Les deux parties
sont convoquées le 29 janvier à une séance de conciliation.
«Nous avons envoyé les deux convocations en même temps,
confirme Pierre Heyer, président de la CRCT. Aucune grève,
aucun licenciement et aucune médiatisation ne sont autorisées»,
ajoute-t-il. «Comme le personnel n'a plus le droit de
s'exprimer, on doit se mobiliser», s'exclame Monique Boget,
la maire socialiste de Meyrin. «C'est inadmissible, s'emporte
Pierre Vanek, ancien député de Solidarités. Il faut
maintenant étendre ce mouvement de soutien.» Christian
Brunier attend «une intervention forte du gouvernement.»
Dans ce sens, il a déposé hier soir une proposition de
motion devant le Grand Conseil.
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