Syndicat suisse des services publics
Groupe Trafic aérien de Genève

          
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" Notre syndicat n'acceptera pas que les salarié-e-s fassent les frais du plan d'assainissement "

 

SAirGroup annonce une perte de 2,9 milliards de francs pour l'exercice 2000, contre 273 millions de francs de bénéfices en 1999. Cette perte s'explique essentiellement par les très mauvais résultats des compagnies rachetées ces dernières années (Air Littoral, Air Liberté, AOM en France, Sabena en Belgique et LTU en Allemagne), d'où la nécessité pour le groupe de procéder à des amortissements et provisions extraordinaires.

 

Eric Decarro, président central SSP

 

Les 3 compagnies aériennes du groupe (Swissair, Crossair et Balair) ont elles-mêmes enregistré un déficit de 240 millions de francs en raison des surcapacités du secteur et de la flambée du prix du carburant qui a frappé de plein fouet SAirGroup (contrairement à Air France et Lufthansa, qui ont conclu des contrats à long terme avec leurs fournisseurs). Les bons résultats des autres filiales, comme Gate Gourmet (restauration), Swissport, SRTechnics, Swisscargo ou Swissôtel, n'ont pas permis de compenser les pertes enregistrées dans le transport aérien.

L'échec de la "stratégie du chasseur"

Cette débâcle financière signe l'échec de la "stratégie du chasseur" par laquelle SAirGroup comptait gagner des parts de marché au détriment de la concurrence. Disposant de solides appuis financiers, SAirGroup a cru qu'en rachetant des compagnies en difficulté, il pourrait pénétrer sur le marché européen et se permettre d'aller "tailler des croupières" à Air France sur son marché intérieur. Dans le cadre de cette stratégie prédatrice, SAirGroup a d'ailleurs contraint ces compagnies à se procurer leurs services (informatique, location d'avions, restauration, services au sol, etc.) auprès des filiales du groupe et ce, à des prix surfaits.

Cette orientation s'est révélée être une stratégie à hauts risques, dans le contexte de la guerre commerciale entre les compagnies. Malgré les 72 000 salarié-e-s employé-e-s par le groupe dans le monde, SAirGroup ne pesait en effet pas lourd avec ses 3% du marché mondial contre les 25% de Star Alliance (autour de Lufthansa et d'un partenaire américain) ou les 19% de One World (autour de British Airways et d'American Airlines).

Les responsables doivent rendre des comptes

Les responsables de cette débâcle, à savoir la direction du groupe et les membres du Conseil d'administration, qui comptent parmi les ténors du capitalisme suisse, doivent maintenant rendre des comptes. Parmi les conseillers d'administration démissionnaires, on trouve Lukas Mühlemann du Crédit Suisse, Vreni Spoerri, conseillère aux Etats (U.B.S), Andreas Leuenberger, vice-président de Roche, Stefan Schmidheiny, milliardaire du ciment, Benedikt Hentsch, banquier privé genevois, et, bien entendu, Mario Corti, de Nestlé, dont il ne faudrait pas oublier qu'il était lui-même membre du conseil d'administration de SAirGroup depuis près d'un an!

Autres responsables de cette crise majeure: la société de révision des comptes, Price Waterhouse Cooper, qui n'a jamais tiré le signal d'alarme concernant les risques encourus par le groupe, les sociétés de consultants, grassement payées, qui ont élaboré la stratégie et préparé les prises de participation dans ces compagnies en difficulté, et les banques d'investissement, qui ont perçu de juteuses commissions (275 millions de francs, selon la Sonntagszeitung) à l'occasion de chacune de ces prises de participations.

Des options contre les salarié-e-s

Il est clair que le nouveau président du groupe, Mario Corti, qui se présente comme un "homme providentiel", a été appelé à sa nouvelle fonction pour procéder à un plan d'assainissement drastique. Il va dès lors combiner trois options qui comportent toutes des menaces pour les salarié-e-s du groupe, à savoir :

1.      La vente des filiales non-essentielles pour le groupe (la vente de Swissôtel s'inscrit dans cette option).

2.      Le désengagement des compagnies dans lesquelles SAirGroup a pris des participations (la décision de couper les vivres, du jour au lendemain, à Air Littoral est la première concrétisation de cette option); ce désengagement aura des répercussions en retour sur toutes les activités du groupe.

3.      L'intégration de SAirGroup, après assainissement, dans une grande alliance, mais en position dominée (on parle de One World, l'alliance de British Airways).

Corti annonce de plus une profonde restructuration interne du groupe: l'intégration de Balair dans Swissair et la définition d'un nouveau partage de compétences entre Crossair (moyens courriers) et Swissair (longs courriers) en sont les premières expressions.

Les salarié-e-s ont déjà donné

Les salarié-e-s du groupe n'ont, quant à eux/elles, aucune responsabilité dans cette crise. Au contraire, ils ont contribué par leur travail et leur engagement à maintenir le niveau des services de la compagnie, qui figure toujours parmi les meilleures du monde, malgré les politiques de réduction des coûts adoptées par la direction du groupe.

Les salarié-e-s du groupe ont subi durant les années 90 de multiples restructurations, attaques aux emplois, aux salaires et aux conditions de travail, au nom de la survie de l'entreprise face à la concurrence et de l'intérêt des actionnaires. Le pouvoir d'achat du personnel a régressé de 22% en moyenne durant cette période. Dans le même temps, la productivité du travail a augmenté de 80%!

Il doit être clair que notre syndicat n'acceptera en aucun cas que les salarié-e-s fassent les frais de ce plan d'assainissement pour préserver les intérêts financiers des banques et des actionnaires. Un consortium de banques comprenant le Crédit Suisse, l'UBS, la Deutsche Bank et une banque américaine s'apprêterait en effet à accorder un crédit de 1 milliard de francs (à quel taux d'intérêt?) pour permettre au groupe de faire face à ses engagements immédiats. Ce crédit serait complété par un emprunt convertible en actions Swissair; les négociations avec les banques sont en cours, mais on parle d'un montant pouvant atteindre 4 milliards de francs. Il est clair qu'en échangeant ce crédit contre des actions de SAirGroup, les banques pourraient aujourd'hui acquérir une grande quantité d'actions vu le bas niveau du cours; puis, si ce plan d'assainissement devait réussir, bien évidemment au détriment des salarié-e-s, les banques pourraient revendre ces actions au moment de la remontée des cours et réaliser ainsi une confortable plus-value boursière.

Personne n'est à l'abri

Le personnel doit en être conscient: tou-te-s les salarié-e-s du groupe, ou des compagnies rachetées, sont dans le collimateur de ce plan, même si tou-te-s ne seront pas attaqué-e-s au même moment. Personne n'est à l'abri de mesures brutales concernant son emploi ou ses conditions de travail. C'est pourquoi il sera nécessaire, dans la période à venir, que les salarié-e-s s'organisent et se mobilisent pour défendre leurs intérêts.

Nous devons nous solidariser en premier lieu avec nos collègues d'Air Littoral qui sont les premiers attaqués, et cela signifie une menace pour l'emploi de 1200 salarié-e-s. Ces collègues étaient contre une reprise d'Air Littoral par SAirGroup, mais le groupe a fait des pieds et des mains pour racheter la compagnie et, aujourd'hui, après avoir provoqué une profonde dégradation de la situation, il lui coupe les vivres du jour au lendemain!

Le désengagement de SAirGroup dans les pays voisins atteindra, tôt ou tard, tout le groupe, et jusqu'à son cœur. Qui dit en effet que ces compagnies vont continuer d'acheter des services aux filiales du groupe, contribuant ainsi à la rentabilité de celles-ci? On parle par ailleurs de la suppression de nombreux longs courriers de Swissair, ce qui aurait des conséquences pour le personnel volant d'abord, mais aussi pour les services au sol. Enfin, le monopole que recevrait Crossair pour les transports européens, "en raison de sa structure de coûts inférieurs", ne resterait pas sans conséquences pour le personnel de Swissair, dont les conditions de travail sont sensiblement plus avantageuses.